Comment utiliser (consommer, diffuser) l'Internet de façon plus éco-responsable?


#1

Le message de @Ellaurenzovfoot m’a fait réfléchir et je me suis demandé, si demain matin je voulais avoir des pratiques informatiques plus écologiques, comment je m’y prendrais? J’ai fait un peu de recherche sur le Web pour trouver un équivalent écolo à DigitalOcean (le founisseur que j’utilise en ce moment), et je n’ai pas trouvé grand chose.

Je réfléchis à voix haute et je vous invite à me donner votre avis sur le sujet …

Comment utiliser (consommer, diffuser) l’Internet de façon plus éco-responsable?
Comment contrer l’impact du numérique sur le réchauffement climatique?

Quelles sont les pistes de solutions, les pratiques, les produits et
services qui peuvent nous aider là-dedans?

  • Auto-héberger nos sites sur des machines qui sont peu énergivores.
  • Utiliser des énergies plus carbo-neutre pour propulser nos machines.
  • Compenser nos émissions en achetant des crédits carbonne.
  • Refroidir nos machines de façon naturelle.
  • Quels pays où fournisseurs à éviter pour s’assurer d’une utilisation écologique d’Internet?
  • Est-ce qu’il y a des langages de programmation ou des pratiques de
    programmation qui sont plus éco-energitique?


Système avec pilotes graphiques libres supportant un affichage 4K ?
#2

Pas évident à calculer (je ne vais pas essayer), mais je pense à deux techniques:

  • Serverless
  • Peer to peer

Pour Serverless (effectivement, si y’avait pas de serveur… mais c’est pas ça), ce que je comprends, c’est qu’au lieu d’avoir un serveur web prêt à répondre à tout à tout moment, on a un service qui se réveille à chaque appel, pour chacune des routes. J’imagine que ça permet des économies énergétiques.

Pour Peer to peer, je reviens sur cette citation de l’article:

Less than 100% reliability is essential for the sustainability of an off-the-grid solar system, because above a certain threshold the fossil fuel energy used for producing and replacing the batteries is higher than the fossil fuel energy saved by the solar panels.

Ce qui m’amène à penser qu’un petit réseau P2P pourrait offrir à chacun un hébergement 100% du temps (en utilisant beaker par exemple).

UPDATE: Pour les plus braves, à quand le premier serveur basé sur des amibe qui peuvent déjà résoudre le problème du voyageur de commerce avec 8 villes :slight_smile:


#3

@millette Mais le P2P c’est une autre façon d’utiliser Internet … une stack bien différente non? Pour le grand public c’est un grand pas si je comprends bien comment ça fonctionne.

On ne peut pas consommer du dat:// comme ça dans son navigateur?


#4

Pas aujourd’hui, c’est vrai. Ce n’est pas tant un nouveau stack que des parties supplémentaires.

Mais les browsers (chrome, firefox, brave) ont ouvert cette année la porte à dat:// et autres schemes, un tout premier pas qui permettra un jour de fureter sur http(s) et dat je l’espère. Par exemple, y’a un début pour Firefox avec dat-fox.

S’il y a économie d’échelle à faire, j’ose croire que le P2P (ipfs, dat, zeronet) fera partie de l’équation.


#5

Est-ce qu’avoir des entités locales comme Koumbit sur Montréal pour héberger pourrait être une solution? De faire que la population puisse se rendre compte de ce fait physique, mais aussi prendre part aux décisions?


#6

Le problème dans une économie capitaliste c’est que chaque économie d’énergie est synonyme de « croissance » économique, et donc cela implique une augmentation du parc informatique mondiale qui est faite par les multinationales du milieu des technologies.

Par la suite, chaque réduction énergétique des technologies s’est jusqu’à présent soldée par une augmentation du nombre d’appareil possédé par foyer.

De plus, là on parle simplement de consommation énergétique, mais toute cette belle technologie crée une montagne ridicule de e-waste qui endommage autant, sinon plus que notre consommation énergétique. Pourquoi, et bien parce que cette surconsommation et surproduction demandent elles aussi d’énorme quantité d’énergie et de matière première qui pour la plupart ne sont pas renouvelable.

Bref, actuellement, la meilleure solution pour réduire son empreinte carbonne c’est de faire de la décroissance. En d’autres mots, d’utiliser le moins possible nos gadgets. Donc aussi longtemps qu’on va continuer de vivre dans une société de surproduction on va foncer vers un mur.

Les pistes de solution ne sont donc pas individuelle, mais bien sociétale. Dans cette perspective, il faudrait revoir notre utilisation et notre production. Il faudrait se poser des questions fondamentales du type:

  • Est-ce que j’ai besoin d’un ordinateur au 5ans et d’un téléphone au 2-3ans pour effectuer les mêmes tâches.
  • Est-ce qu’on ne pourrait pas faire les appareils plus modulable, même si cela pourrait temporairement occasionner un ralentissement de la miniaturisation.

Et ainsi de suite.


#7

“Éco-responsable” peut vouloir dire beaucoup de choses! Pour moi, un problème majeur est la gestion des déchets. Avec les téléphones qu’on jette aux 3 ans, je pense que des appareils comme le Fairphone sont un must:

D’autres appareils sont “réparables” mais celui-ci en fait un point d’honneur en plus de faire un effort pour avoir des sources plus “éthiques” pour les matériaux, un problème encore plus difficile…

Difficile à dire. On parle souvent de “cloud” comme étant une réponse à ce niveau, mais je suis sceptique. Je roule un serveur à la maison depuis des décennies maintenant et je persiste à croire que c’est pertinent. D’abord, bien sûr pour l’autonomie des données, mais je crois, aussi, qu’on s’assure ainsi (au Québec) que l’électricité est “verte” (dans la mesure du possible).

Aussi, bien que les nouveaux processeurs sont souvent de plus en plus efficaces en terme d’utilisation du courant si on achète un nouveau processeur à tous les six mois, on déplace le problème à la chaîne de production… En effet, construire des composantes (et les transporter!) consomme également beaucoup de courant! Donc c’est pas aussi simple

Certainement, mais encore faut-il…

… ça. Ça semble le plus important. Mon idéal serait un serveur à la maison branché sur une éolienne, mais bon, faut commencer quelquepart (à la maison, à mon avis).

J’ai de sérieux doutes sur la validité éthique des crédits carbones. On paie souvent des grosse compagnies américaines et canadiennes pour acheter des terres dans d’autres pays pour y laisser pousser des arbres (et expulser les populations locales) en échange de scrapper leurs terres ici ou boucaner l’atmosphère.

Ça serait bien ici l’hiver, mais pas l’été. En pratique, le problème reste entier 6 mois par année…

Le Québec est surprenamment bien placé à ce niveau…

Alors là, je pourrais partir pendant des heures, mais il me semble qu’on devrait revenir un peu plus bas dans les niveaux d’abstraction. Le web, c’est bien, mais quand on garroche un browser au complet avec chaque éditeur de text, client de chat, ou système de partage de fichiers, moi je dis non. Pourquoi on est devenus incapables de faires des applications natives? Pourquoi le client Slack “Desktop” prend des centaines de meg de RAM?

La réponse: oui, et c’est complètement pas ça la mode ces temps-ci. On est à l’ère de recompiler des langages avec Javascript comme target, et je trouve ça complètement absurde.

Mais je sais que d’autres sont pas d’accord ici… :wink:


#8

En théorie, oui, c’est ça l’idée. C’est aussi la promesse du “cloud”: des machines partagées (et même sur-partagées) pour une utilisation maximale.

La réalité est toute autre: vu qu’il y a une plus grande latence à “repartir” un “serveur” après qu’il soit éteint (après un certain délai), le monde utilisent souvent le server-less (“serveur-moins”? :stuck_out_tongue: “sans-serveur” sûrement…) d’une façon à “réveiller” le serveur périodiquement pour éviter cette latence, ce qui annule une grande partie des promesses d’efficacité.

Il reste que de rouler une seule partie du stack (e.g. “containers” vs “VM”) permet certainement des économies d’énergie, si ce n’est que par le partage de ressources (et donc réduire l’utilisation des matières premières, etc).

Mais compte tenu de notre nature énergivore, on tend à remplir le vide et seulement consommer plus de ressources quand elles sont moins chères…


#9

Prochaine étape: se regrouper et diminuer encore plus l’equipement et services qu’on utilise (au lieu de 1 connection Internet par logement, 1 2 ou 3 routeurs wifi par logement…!!):


#10

J’avais pensé à un truc un peu similaire pour ce qui est de l’Internet dans les immeubles que je gère, qui sont câblés et fibrés jusqu’à chaque logis: faire un deal sur-mesure avec un fournisseur, où l’Internet serait mutualisé par le bâtiment et fourni à tout le monde pas cher… le problème avec ça c’est, “J’ai-tu envie de devenir un FAI? Me prendre les requêtes de soutien technique lambda, les mécontentements, le stress de l’uptime, et les attaques en justice parce qu’un voisin random bittorrente des films ou upload de la porno de cheval infantile?”… et au final je me suis dit que non, tout d’abord parce que la majorité des gens sont addict à la télé (avec les chaînes de sport) donc rarement susceptibles de faire des économies avec mon approche Internet pas cher + téléphones VoIP, et mon temps vaut pas mal plus que de faire économiser des sous sur la facture mensuelle des voisins, malheureusement!


#11

Bonjour et merci tout le monde de contribuer à la discussion,

Avant les fêtes j’ai écrit un courriel à Équiterre sur le sujet. Je me permets de coller leur réponse ici, ainsi que ma question initiale. L’article qu’ils me partagent ne fait que me confirmer que nous (travailleurs du numérique) contribuons plus au problème plutôt qu’à la solution.

Ma question de départ - et le sujet de cette discussion - était axée dans une perspective de développement durable, et non de décroissance comme le que suggère @sdk. Il est clair que la multiplication des dispositifs numériques et la démultiplication de leur puissance amène un enjeu de déchet et d’énergie … en plus de toute la géopolitique (de conflit) qui s’en suit.

On en revient toujours au même problème: le capitalisme est dans une course de mort vers la croissance, et ce, sans imputabilité, en laissant la société civile gérer toutes les conséquences. Mais vue que les problèmes écologiques sont systémiques et touchent toutes les sphères de la civilisation, ça devient de plus en plus insoutenable et difficile à cacher … “Le roi est nu”.


Re: Serveur Web éthique et éco-responsable
10 January 2019 16:45 EST
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Bonsoir Hugo,

Nous n’avons pas encore fait d’article à ce sujet et les questions que vous posez sont très intéressantes.

Cet article fait par la RTBF pourrait surement vous faire avancer sur le sujet : https://www.rtbf.be/info/economie/detail_internet-bientot-premier-consommateur-mondial-d-electricite?id=9889099

Nos meilleurs voeux.

Réception | Équiterre
(514) 522-2000 | sans frais 1 877 272-6656 | info@equiterre.org | www.equiterre.org
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Le ven. 21 déc. 2018 à 09:27, hugo@soucy.cc hugo@soucy.cc a écrit :

Bonjour Équiterre,

Je vous savoir si vous aviez déjà fait un article ou une étude sur les centre de données et les hébergeurs de site/application web?

Autrement dit, combien et comment Internet consomme de l'énergie?

* État des lieus
* Impacts
* Solutions pour les entreprises et les particuliers
* Etc.

Merci et bonne journée!

_ Hugo

#12

L’an passé, j’ai commencé à fouiller plusieurs questions en tentant de répondre à la question générale :

  • Qu’est-ce au juste qu’un appareil numérique éthique ?

Pour répondre aux critères d’éthique du logiciel libre selon la FSF, on peut dire pour aller vite qu’on a déjà le programme de certification Respect Your Freedom comme point de départ. Ce programme est assez minimal et il faudra rapidement aller bien au-delà pour bien faire les choses (voir https://puri.sm/learn/freedom-roadmap/).

Mais qu’en est-il des critères à établir lorsqu’on pense à l’environnement ? ou aux conditions de travail ?

Admettons que pour faire simple on réfléchisse dans le cadre existant des droits de la personne humaine de première, deuxième et troisième générations, on en arrive vite à la conclusion que les appareils numériques sont produits dans un contexte d’extrême inégalité et que les rendre compatibles avec les êtres humains égaux en dignité et en droit, ce n’est pas pour demain !

On a d’un côté les appareils de FairPhone ou de Shift qui combinent des critères d’éthique multiples en rapport avec l’environnement, le travail, l’équité dans le commerce, etc. De l’autre, des appareils certifiés Respects Your Freedom qui doivent en principe nous aider à défendre nos droits de première génération.

Ce serait sans doute déjà un gros pas en avant de pouvoir acheter un téléphone alternatif 100% libre, écolo, équitable, accessible pour les handicapés, disponible dans plein de langues minoritaires, assemblé localement par une coop administrée par un ca paritaire, MAIS, comme @sdk je pense qu’il faut sortir du paradigme de la croissance pour que ça porte fruit en bout de ligne. Donc ça nous prend des nouveaux téléphones, mais aussi des nouveaux systèmes sociaux, économiques, politiques, culturels, philosophiques, etc., pour les humains qui vont les utiliser. Ah les humains, quelle plaie ! :stuck_out_tongue:


#13

Concernant la consommation électrique de tous nos appareils électroniques, j’écoutais dernièrement une émission intéressante sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/consommation-numerique-la-pompe-a-co20, avec en entrevue l’auteur du rapport « Pour une sobriété numérique » : https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift/.

Beaucoup de chiffres y sont donnés suite à l’étude qui a donné lieu au rapport, mais la partie que j’ai trouvé intéressante est la comparaison entre le coût énergétique de fonctionnement des appareils (tout appareils confondus, donc de nos téléphones aux serveurs en centre de données) qui est, au total, presque négligeable par rapport au coût énergétique de fabrication de nouveaux appareil (sans compter les pollutions liées à l’extraction et la transformation des minerais et métaux lourd).

Coût dont on a même pas conscience puisqu’il est masqué dans le prix de vente de l’appareil. Ce qui pose un réel problème puisque beaucoup de monde se disent qu’il vaut mieux acheter du neuf pour avoir quelque chose de plus économe en énergie par rapport à la génération précédente (que ce soit de son frigo ou des serveurs en centres de données), or c’est totalement faux.

En bref, on est mieux de se monter son serveur perso avec un vieux PC recyclé qu’acheter un nouveau Raspery ou autre mini-ordinateur qui ne consomme que quelque watt :slight_smile: .


#14

@Romain Effectivement. C’est la même chose pour les électroménagers, etc. Il y a quelques années, j’ai récupéré l’antique laveuse et la vénérable sécheuse de ma grand-mère au lieu d’acheter des appareils neufs moins énergivores. Je ne le regrette pas, surtout que les appareils étaient gratuits et qu’ils fonctionnent encore aujourd’hui en 2019. :smile:


#15

On est sorti du bois (en terme de déchets primaires)…


#16

On doit admettre qu’il y a une tension entre ces deux objectifs, clairement distincts. FairPhone font un effort sur la chaîne d’approvisionnement éthique, par exemple, mais n’ont pas nécessairement des composantes complètement libres. Inversement, Librem font un effort de libération sur le matériel, mais pas la chaîne d’approvisionnement.

Personnellement, mes choix éthiques m’amènent de plus en plus à considérer la première option, vu que de toute façon il semble pratiquement impossible de réellement libérer le matériel à ce stade (voir ce talk de bunnie et son article sur la transparence)…


#17

Ça été mis à jour le 12 mars dernier:

Pas sûr si c’est nouveau, mais la page est divisée avec du bleu en haut et du jaune-brun en bas et un indicateur de pile (20% restant à l’heure actuelle). La division bleu/jaune représente aussi le niveau de la pile. Pas mal nice comme effet :slight_smile: